Ma Belle Lucie.

Bonne lecture.

Quelle belle journée d’hiver ! Demain, c’est Noël.

Comme chaque année, j’organise une petite soirée pour fêter la veille de Noël avec mes amis. Je fais ça depuis plus de quarante ans. Et le jour de Noël, je reste avec Lucie, et nous nous offrons nos petits cadeaux. Sauf que cette année, c’est différent. Je vois pour la première fois mes petits-enfants.

Mon moment préféré de Noël,  c’est le moment des décorations. Ce moment magique qui me permet de retourner dans mes souvenirs d’enfance préférés. Lucie m’aide toujours à décorer. Mais cette année, j’ai dû le faire tout seul.

Chaque année, je prends les mêmes guirlandes dorées pour les accrocher aux murs. Pour la table, je prends les mêmes dessous de verre rouges et un peu abimés. J’allume toujours la bougie préférée de Lucie, à la cannelle. Quand j’ai terminé les décorations, je mets de la musique et je me repose sur le canapé en lisant un livre.

-«  Lucie ?

– Oui ?

– Te rappelles-tu quand nous allions marcher pendant des heures au bord de la mer ? »

A ma grande surprise, Lucie éclate en sanglots. Elle me dit que la bougie lui donne un peu mal à la tête et qu’elle va se coucher pour se reposer. 

J’ai l’impression que quelqu’un me regarde. Quelle horrible sensation.

Quelques heures passent et mes amis sonnent à la porte. Comme chaque veille de Noël, Fred apporte le vin, Marie apporte le gâteau, Charles apporte les papillotes et Delphine oublie de prendre les cadeaux.

Nous parlons quelque temps et au bout d’une heure ou deux, Lucie descend les escaliers, vêtue d’une belle robe bleue. Elle fait si jeune.

-«  Ah ! La voilà ! » S’exclame Delphine. 

-«  Tu es magnifique Lucie ! Comment vas-tu ? » Dis-je.

-«  Je vais mieux, merci Pierre. Comment allez-vous mes amis ? J’ai l’impression que ça fait depuis si longtemps que nous ne nous sommes pas vus. Delphine ? As-tu pensé aux cadeaux cette fois ? » Dit Lucie d’une voix tremblante.               

Qu’a-t-elle ? Elle a l’air si pâle et effrayée et sa voix a une étrange sonorité.

-«  Non, toujours pas. Décidemment, je n’y arriverai jamais. Mais j’ai apporté des boules de Noël pour votre sapin. Je sais que vous adorez ça. » Répond Delphine.

-«  Mes amis, je vous invite à venir dans notre jardin. J’y ai caché une petite surprise. » Je ne peux plus attendre, je veux vraiment leur montrer ce que j’ai préparé.

-« Allons-y alors.» Dit Charles.

Arrivés au jardin, je souris et appuie sur le bouton.

Devant tous les yeux ébahis de mes amis, une avalanche de lumières, de guirlandes argentées et de sapins décorés se met à briller.

-«  Bah dis-donc, tu t’es surpassé cette fois !

– J’ai fait de mon mieux. Par rapport à l’année dernière, je trouve que c’est pas mal.

– C’est magnifique Pierre ! 

– Merci Fred.

– Il ne manque plus que les feux d’artifices.

– Dis-donc Marie, tu voudrais vraiment que je me casse le dos encore plus ?

J’ai déjà les jambes en miettes, alors le dos, je ne pourrais même pas imaginer !

– Ecoute Pierre ton jardin est génial, fabuleux et magnifique…on peut aller manger le gâteau maintenant ?

– ça dépend, il est à quoi ?

– Il est au chocolat avec des bouts d’amandes dedans comme chaque année.

– Si c’est le cas, je veux bien aller en manger. »

Après le gâteau dégusté et terminé, Lucie va se coucher.

Delphine et Charles rentrent chez eux.

Il ne reste plus que Fred, Marie et moi.

-« Pierre, j’ai remarqué que Lucie n’était pas la même que d’habitude. Qu’a-t-elle ? » M’interroge Fred.

-« Oui, j’ai remarqué la même chose.» Répond Marie.

-« Honnêtement, je ne sais pas. Elle est comme ça depuis quelques mois. Je fais de mon mieux pour la rendre heureuse mais c’est un peu compliqué. A chaque fois qu’elle se regarde dans le miroir, elle semble désespérée, absente.

– Reste avec elle. Ne la laisse pas trop seule. Ah ! Je n’avais pas vu l’heure, trois heures du matin ? Déjà ? Joyeux Noël mes amis. Il faut rentrer Marie.

– Oui, tu as raison Fred. Une grosse journée nous attend demain. Pierre, merci pour tout, merci pour tes fabuleuses décorations et merci de nous avoir invités.

– Oui, merci Pierre.

– Tout le plaisir est pour moi mes amis. N’oubliez pas, vous venez ici quand vous voulez.

– Merci beaucoup Pierre. Marie et moi devons y aller mais nous reviendrons la semaine prochaine.

–  Fantastique. A la semaine prochaine mes amis et joyeux Noël. »

En montant les escaliers, j’aperçois Lucie qui se regarde dans le miroir.

Devrais-je lui parler ?

-« Lucie ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu n’es plus la même depuis quelques temps.

– Pierre, quand je me regarde dans le miroir, je ne vois plus la même personne. 

– Comment ça tu n’es plus la même ? Tu es parfaite pour moi. Tous nos amis me disent que tu es magnifique.

– Je me sens mal dans cette maison. Tu ne voudrais pas partir ?

– Comment ça partir ? Et où ? 

– Je ne sais pas. 

– Mais Lucie, veux-tu vraiment partir et quitter cette maison ? Je ferai tout ce que tu veux si c’est pour que tu sois heureuse.

– Non, ne t’inquiète pas. Je ne veux pas partir. Je suis un peu fatiguée c’est tout.

– Tu es sûre ?

– Oui.- Repose-toi bien si tu es fatiguée                                                                       

 -Ne t’inquiète pas pour moi. » Sur ces mots, elle s’endort.

Aujourd’hui, c’est le grand jour. Je rencontre enfin mes petits-enfants.

Je prépare le café pour Lucie et moi et je m’installe sur la terrasse en regardant notre beau jardin plein de décorations.

Après avoir bu mon café, je monte dans la chambre pour réveiller Lucie mais elle n’est plus là. Terrorisé, je la cherche de partout. Après deux heures de recherche en vain, je fonds en larmes et m’assieds sur le lit. Où pourrait-elle bien être ? Je me remets à chercher mais je ne la trouve toujours pas.

Ma belle Lucie, où es-tu ?  

Tout d’un coup ma maison magnifique au bois poli, aux belles peintures, aux beaux souvenirs, se transforme en une  bicoque cauchemardesque.

Epuisé, je m’allonge sur le lit et j’entends un bruit qui vient du salon.

La porte s’ouvre. Est-ce que ça pourrait être Lucie ?

Je descends les escaliers. Pourquoi ai-je peur ? J’ai un mauvais pressentiment.

Arrivé en bas, je vois une vieille dame…Mais c’est Lucie ! Qu’elle a l’air âgée, qu’elle a changé…ce n’est pas possible.

Elle ne semble pas me voir.  Elle est entourée d’enfants. L’un d’eux la regarde et lui demande :                                                                                                                                                   -«  Grand-mère ? C’était comment quand grand-père était toujours vivant ? »

Publié par Thameur DEBOUBA

My name is Tham. I’m language teacher. I grew up in the French Riviera in a Tunisian family, so my native languages are Tunisian & French. In 2009-2010, I’ve been studying in Andalusia, south of the Spain to improve my English & Spanish professional working skills and get my Master degree in Human Sciences. Since that time, thanks to the languages I’ve learnt, I’ve never stopped travelling for learning & teaching : Central Africa Republic, Russia, Barbados, Italy, New York & London. I have more than 10 years experience teaching children, teenagers & adults in many different environnements, such as primary school, middle school, high school, higher education center, prison, migrant camp, military camp). Since 2017, I also began to teach remotely with students who were following a sport study program. And during the French containment period regarding the Covid-19, I’m teaching daily to maintain the level of my students and get them ready to pass language exams.

2 commentaires sur « Ma Belle Lucie. »

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